Les syndromes cervicaux avec atteinte du trapèze supérieur sont fréquents dans notre patientèle. Il s’agit la plupart du temps d’une douleur non spécifique de la région du cou et du membre supérieur, souvent liée au travail ou à une mauvaise statique posturale, entrainant une restriction de la mobilité.

Le traitement par Ondes de Choc Radiales (ODCR) au niveau cervical sera efficace à condition d’être pratiqué par des thérapeutes maitrisant parfaitement la technique et possédant une parfaite connaissance de de l’anatomie de cette région (proximité des nerfs, vaisseaux, poumons, reliefs osseux).

 

ANATOMIE FONCTIONNELLE ET PHYSIOPATHOLOGIE

Anatomie 

Le muscle trapèze recouvre la nuque et la partie supérieure du dos. Il présente un aspect large et triangulaire comprenant trois chefs : supérieur, moyen et inférieur

  • Origine

    • Faisceau supérieur : Tiers interne de la ligne courbe occipitale supérieure, juste après l’insertion du muscle sterno-cléido-mastoïdien, et jusqu’à la protubérance occipitale externe, ainsi que le long du ligament nuchal, reliant les processus épineux des vertèbres cervicales
    • Faisceau moyen : Triangle aponévrotique des épineuses ainsi que ligaments inter-épineux de C7 à T4
    • Faisceau inférieur : Processus épineux et ligaments inter-épineux de T4 à T10. On note des variations anatomiques jusqu’à T12

 

  • Terminaison

    • Faisceau supérieur : Oblique en bas, s’insère sur la face supérieure du tiers latéral de la clavicule
    • Faisceau moyen : Transversal, se fixe sur le bord médial de l’acromion
    • Faisceau inférieur : Oblique en haut, se fixe sur le versant supérieur du bord postérieur de l’épine de la scapula

 

  • Innervation

Le muscle trapèze est innervé par :

  • La racine spinale du nerf accessoire, responsable de la motricité
  • Les nerfs cervicaux en provenance des vertèbres cervicales C3 et C4, responsables de la perception de la douleur et la proprioception

 

  • Fonction

    • Faisceau supérieur :
      • Hausser les épaules (uni/bilatéralement)
      • Extension de la tête en arrière (bilatéralement)
      • Rotation de la tête contro-latérale au muscle
      • Inclinaison homolatérale (en contraction unilatérale).
    • Faisceau moyen :
      • Rapprocher la scapula de la colonne vertébrale
      • Tire l’épaule en arrière.
    • Faisceau inférieur :
      • Abaisse les épaules et fait basculer en dedans l’angle inférieur de la scapula.

Tous ces nombreux mouvements du muscle trapèze se font en synergie avec les muscles élévateurs de la scapula, rhomboïde et dentelé antérieur.

 

 

Physiopathologie

Le trapèze est le muscle le plus fréquemment touché dans les syndromes cervicaux myofasciaux. Il est responsable d’une douleur locale mais également de douleurs projetées vers le thorax, le bras et la tête.

Une contracture ou tension du trapèze entrainera une diminution de la rotation du côté lésé et de l’inclinaison latérale du côté opposé.

Le syndrome du trapèze supérieur se manifeste par une douleur non spécifique de la région du rachis cervical, parfois dorsal, et du membre supérieur, souvent liée au travail. Il fait partie des troubles musculosquelettiques de la région du cou et du membre supérieur (TMS-MS).

Son diagnostic est essentiellement clinique : douleur à la palpation et à la mise en contraction dynamique contrariée, à l’étirement. Des douleurs de l’élévateur de la scapula, des extenseurs du rachis cervical ou de l’infra-épineux, du deltoïde postérieur, des sterno-cléido-mastoïdiens etc…peuvent être associées. L’atteinte est en générale unilatérale mais des tensions peuvent exister du côté opposé d’où la nécessité d’effectuer un traitement bilatéral.

Les symptômes s’aggravent avec les postures statiques prolongées et dans les métiers nécessitant des tâches répétitives avec ou sans contraintes.

La rééducation aura pour but de diminuer ces douleurs, relâcher et rééquilibrer la musculature du complexe cou-épaule et sera aidé pour cela par la thérapie par Ondes de Chocs notamment avec l’utilisation d’adaptateurs spécifiques pour le traitement des fascias.

 

 

 BILAN DIAGNOSTIC 

Interrogatoire 

Recherche les circonstances d’apparition (progressive ou non). On peut retrouver plusieurs types de facteurs de risque :

  • Personnels liés à un trouble de la posture ou à un défaut de la musculature
  • Efforts physiques sur le poste de travail :
    • Stress lié à une posture statique prolongée (ordinateur)
    • Stress lié à des mouvements répétés du membre supérieur
  • Contexte organisationnel et psychosocial :
    • Absence de repos au cours d’un cycle de travail
    • Absence de soutien social

En général : douleurs d’apparitions progressives, influencées par une mauvaise posture au travail et at augmentées par le stress et les facteurs émotionnels. Parfois ces douleurs peuvent être consécutives à une irritation neurogène due à une sténose du canal cervical (protrusion discale, hernie).

 

Examen clinique 

  • Recherche palpatoire :

    • Trigger points
      • Au niveau du trapèze supérieur (de l’occiput à l’acromion)
      • Au niveau de la région para-vertébrale de C4 à C7
      • Au niveau du deltoïde postérieur
      • Parfois partie antéro-latérale du thorax
      • Parfois grand pectoral
      • Etc…

 

  • Recherche de douleurs à la contraction contrariée :

    • Hausser les épaules (uni/bilatéralement)
    • Extension de la tête en arrière (bilatéralement)
    • Rotation de la tête contro-latérale au muscle
    • Inclinaison homolatérale (en contraction unilatérale)

 

  • Recherche d’une limitation articulaire :

    • Diminution de l’inclinaison contro-latérale
    • Diminution de la rotation homolatérale de la tête
    • Parfois diminution de la flexion antérieure du rachis cervical

 

Examens complémentaires 

Radiographie Pour éliminer une lésion osseuse et apprécier la globalité du rachis cervical
Echographie Pour éliminer une lésion musculaire traumatique et éliminer d’éventuelles tumeurs
IRM Pour analyser le rachis cervical avec précision et éliminer une protrusion ou hernie discale, une lésion tumorale etc…

 

Diagnostic différentiel :

Le diagnostic différentiel écartera une cause tumorale, infectieuse ou inflammatoire et éliminera toute radiculopathie.

 

 

TRAITEMENT KINESITHERAPIQUE

Le rôle du kinésithérapeute sera de diminuer les douleurs, détendre, relâcher et rééquilibrer la musculature du complexe cou-épaule ainsi que de corriger la posture. Notre tâche sera facilitée par l’utilisation des Ondes de Choc Radiales.

 

Ondes de Choc Radiales 

Le traitement  par ODCR sera adapté au bilan réalisé au préalable. Il s’effectuera systématiquement de façon bilatérale. Il débutera à distance de la zone douloureuse et le choix de l’applicateur dépendra de la zone à traiter.

Nous utiliserons des applicateurs spécifiques (Peri-actor ; Spine-actor). Ce type de transducteur permet de traiter de façon adaptée les différents fascias aussi bien superficiels que profonds. Ils possèdent tous une spécificité et ne doivent être utilisés qu’à des pressions inférieures à 3 bars. (< 2 bars au niveau du rachis cervical). Ces transducteurs sont installés sur une pièce à main type « Falcon » qui autorise un travail plus précis et adapté aux besoins (pressions très basses : 0,3 bars, pour les fascias cervicaux).

Fig.-3-Pièce-à-main-Falcon

Le choix de l’applicateur dépend de la zone à traiter. On utilise :

  • le Scraper pour les fascias superficiels
  • le Knuckle pour les cloisons intermusculaires
  • le Scoop pour les crêtes osseuses (épine de l’omoplate)
  • la Sphère pour les points trigger

La puissance sera choisie en fonction du fascia concerné, de sa profondeur, de l’importance des restrictions rencontrées.

La fréquence permettant la meilleure réponse des tissus est de 17 Hz +/- 2 Hz.

Le traitement débute à distance de la zone douloureuse : rachis dorsal, cervical ou épaule. En général, 3 à 5 passages en général suffisent, en fonction des restrictions observées.

Le traitement des Points Trigger sera systématiquement associé.  Pour cela nous utiliserons les transducteurs classiques (D-20 ; R040 ; R15).

 

Traitement des para-vertébraux : (Spine-actors)

En fonction des tensions musculaires et des douleurs, nous débuterons soit par les paravertébraux dorsaux (à distance de la douleur) soit directement par le rachis cervical.

  • Installer le patient dans une position confortable : décubitus ventral ou assis

  • Choisir le transducteur Spine-actor adapté en fonction de la zone à traiter et de la morphologie du patient (20 mm pour la region cervicale ; 27,5 mm pour le rachis dorsal). Leur forme en U permet d’atteindre les points Trigger et lever les contractures des paravertébraux
  • Mettre du gel à ultrasons sur la zone à traiter
  • Appliquer la pièce à main perpendiculairement (90°) à la surface de la peau
  • Le protocole Spine pour chaque zone à traiter (cervicale et dorsale) sera :
    • Fréquence : 17Hz +/- 2Hz
    • Puissance : 0,8 à 2 bars
    • Nombre de chocs : 1500 sur chaque région (cervicale, dorsale)

Au niveau cervical il est impératif de débuter avec des pressions basses (0,3 à 0,8 bars et de ne jamais dépasser 2 bars)

 

  • Traitement de la chaine myofasciale :

Peri-actors : Knuckle ; scraper

Ces transducteurs permettent de libérer les adhérences des fascias en introduisant des Ondes de Pression tangentiellement aux tissus (aux alentours de 45°), au lieu de perpendiculairement, afin d’optimiser les mouvements entre les différentes couches de tissus.

  • Il n’est pas nécessaire d’utiliser de gel à ultrasons avec le Knuckle et le Scraper
  • La puissance choisie (toujours inférieure à 2 bars au niveau cervical) dépend du fascia concerné, de sa profondeur, de l’importance des restrictions rencontrées
  • Il est impératif de commencer avec des pressions basses, notamment au niveau cervical (0,3 – 0,8 bars)
  • La fréquence permettant la meilleure réponse des tissus est de 17 Hz +/- 2 Hz
    • Le Knuckle est utilisé pour le fascia cervico-thoracique faible : 0,3 à 1,5 bars – 15 à 21 bars

 

  • Le Scraper permet de traiter les fascias superficiels sur de larges surfaces (technique de grattage)
    • Nous l’utiliserons au niveau du trapèze supérieur : 1 à 2 bars – 15 à 21 Hz

 

  • Sur le fascia cervico-thoracique
  • Parfois sur le grand pectoral si trigger points associés : 0,8 à 2 bars – 15 à 21 Hz

 

 

  • Traitement des Trigger Points :

La Sphère, ou d’autres transducteurs classiques (R040 ; D20) seront utilisés sur les Trigger Points associés.

  • Au niveau du trapèze sup :
    • Position assise : R040 ; D20 ou sphère O,8 à 2 bars - 15 Hz - 500 chocs

 

  • Décubitus ventral : R040 ; D20
  •  L’onde de choc est dirigée vers l’autre main en contre-appui
  • Pression R-PW : 1,6 à 2 bars – 15 Hz – 500 chocs

Faire attention à la moindre gène, douleur au niveau cervical ou impression désagréable au niveau des oreilles (bourdonnements etc…).

 

  • Au niveau de l’insertion du trapèze sup sur l’occiput :
    • Position assise
    • Transducteur Atlas : 0,3 – 1 bars ; 17 Hz ; 100 à 500 chocs

 

  • Trigger points associés au niveau de l’élévateur de la Scapula :
    • Décubitus ventral
    • R040 ; D20 ou sphère : 1 à 2,5 bars - 15 à 21 Hz - 500 chocs

 

  • Trigger points associés au niveau de deltoïde postérieur

 

  • Trigger points associés au niveau du grand dorsal
    • Décubitus ventral  ou décubitus dorsal
    • D20 : 2 à 2,5 bars – 15 Hz – 500 chocs

 

  • Vibrations :

Les vibrations au niveau du trapèze supérieur, des fixateurs de l’omoplate, de l’infra-épineux et du deltoïde complèteront le traitement par Ondes de Chocs Radiales par leur action décontracturante.

 

  • V-ACTOR (V40) : 35 à 35 Hz ; 2 à 3 bars ; 2000 à 3000 chocs

 

 

Kinésithérapie associée :

Le traitement kinésithérapique du syndrome de trapèze supérieur comprend classiquement :

  • Des massages décontracturants
  • Des exercices de lever de tension
  • Une correction de la posture
  • Un rééquilibrage de la musculature du complexe cou-épaule
  • Des conseils d’ergonomie
  • Etc…

 

 

CONCLUSION

  • Les syndromes myofasciaux du trapèze supérieur sont fréquents parmi notre patientèle
  • Les Ondes de Choc Radiales ont démontré leur intérêt et leur utilité dans ce type de syndrome myofasciaux
  • Si l’on veut être efficace et non dangereux il est impératif de :
    • Maitriser parfaitement la technique (d’où l’intérêt d’une formation pratique)
    • Posséder une parfaite connaissance de l’anatomie de la région anatomique (proximité des nerfs, vaisseaux, poumons, reliefs osseux)
    • Utiliser les applicateurs adaptés
    • Être à l’écoute de son patient pour éviter des effets secondaires : vertiges, maux de tête ,etc..
    • Traiter systématiquement de façon bilatérale
    • Commencer toujours avec des fréquences basses au niveau cervical

 

La douleur est un signe qu’il ne faut pas négliger. Si cette dernière est prononcée et/ou perdure trop longtemps, il est conseillé de consulter un médecin.

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Auteur : Thierry Allaire, Kinésithérapeute du sport. Consultant Chattanooga/Enovis pour les ondes de choc.

Sources / Illustrations : Thierry Allaire - Chattanooga/Enovis

Bibliographie :

  • William M: Ondes de choc; Effets physiologiques ? Un soutien à nos techniques manuelles en agissant notamment sur la cellule vasculaire – Kiné Actualité – n°1514 – janvier 2018
  • BecK and al: Fascia treament with shock waves. 2017 – Level 10
  • Gleitz M: Myofascial Syndromes and trigger point. 2011 – Level 10
  • De Laere: Le Syndrome Myofascial douloureux: Points Trigger Myofasciaux. 1ère partie - 2009 - Profession Kinésithérapeute n°23
  • Nicolle J: Ondes de Choc: une nouvelle possibilité de traitement de traitement des fascias - Kiné Actualité - n°1436 – février 2016