troubles musculosquelettiques

  1. Comment traiter le syndrome de l’Elévateur de la Scapula avec les Ondes de Choc?

     

    Le champ d’application des Ondes de Choc Radiales s’est énormément élargi ces 20 dernières années (pathologies tendineuses, structures associées ; muscles, aponévroses, etc.).

    Des études récentes des biologistes sur les effets des ondes de choc sur le tissu humain (stimulation de la cellule vasculaire, augmentation des échanges cellulaires, stimulation des cellules souches etc…) ont permis d’appréhender les traitements des ondes de choc radiales sur les fascias(1).

    Nous étudierons ici l’intérêt et la place des ondes de choc radiales dans le traitement du Syndrome de l’Elévateur de la Scapula.

     

    ANATOMIE FONCTIONNELLE ET PHYSIOPATHOLOGIE

    Le syndrome de l’élévateur de la scapula (ES), ou angulaire de l’omoplate, se manifeste par une douleur non spécifique de la région du rachis cervical et du membre supérieur, souvent liée au travail.

    Il fait partie des troubles musculosquelettiques de la région du cou et du membre supérieur (TMS-MS) dont la prévalence est globalement estimée à environ 30 %(2).

    Son diagnostic est essentiellement clinique : douleur à la palpation et à la mise en contraction dynamique contrariée lors d’un mouvement contre résistance d’extension du bras entraînant un mouvement de la scapula en élévation, rétraction et rotation médiale.

    Des douleurs du trapèze supérieur (TS), des extenseurs du rachis cervical ou de l’infra-épineux peuvent être associées.

    Les symptômes s’aggravent avec les postures statiques prolongées et dans les métiers nécessitant des tâches répétitives avec ou sans contraintes.

    La rééducation aura pour but de diminuer ces douleurs, relâcher et rééquilibrer la musculature du complexe cou-épaule.

    Les ondes de choc radiales, ou plutôt ondes de pression radiales, sont d’une grande utilité pour le traitement du syndrome myofascial de l’élévateur de la scapula, notamment avec l’utilisation d’adaptateurs spécifiques pour le traitement des fascias.

     

    Rappels anatomiques

    L’élévateur de la scapula prend son origine au niveau de l’angle supéro-interne de l’omoplate, se dirige en haut, en avant et en dedans pour se terminer au niveau des apophyses transverses de C1 à C4.

    Il est innervé par le nerf scapulaire dorsal (C4-C5).

    Son action varie en fonction du point fixe :

    • Lorsque le point fixe est le rachis, il est élévateur de l’omoplate et participe au mouvement de sonnette interne.
    • Par contre si le point fixe est la scapula, il permet l’inclinaison et la rotation du cou du même côté – (ex : coincer le téléphone entre oreille et épaule) et assure l’extension du cou (ex : regarder vers le haut, et stabiliser cette position).
    Fig. 2 : Rachis cervico dorsal

     

    Fig : 3 : Muscle Elévateur de la Scapula

     

    Physiopathologie

    Anamnèse

    Les douleurs musculaires du complexe cou-épaule (tension neck syndrome [TNS]) font partie des troubles musculo-squelettiques de la région du cou et du membre supérieur (TMS-MS).

    • Certaines douleurs peuvent être individualisées par un diagnostic précis et spécifique (syndrome du canal carpien, épicondylite latérale etc..), alors que d’autres sont dites “non spécifiques”, comme les TNS, car elles sont difficiles à diagnostiquer précisément.
    • Ces pathologies « non spécifiques » du complexe cou-épaule comprennent essentiellement les douleurs de l’Elévateur de la Scapula (ES) et les trapèzalgies (trapèze sup). Elles sont définies principalement par la localisation anatomique des douleurs. Leur épidémiologie, leur pathogénie et leur symptomatologie sont nettement moins bien connues. Leurs symptômes s’aggravent avec les postures statiques prolongées et dans les métiers nécessitant des tâches répétitives avec ou sans contraintes.

     

    Examen clinique

    Les douleurs de l’élévateur de la scapula se présentent comme des cervico-scapulalgies, et non pas comme des cervico-céphalalgies ou des cervico-brachialgies.

    Le diagnostic différentiel écartera une cause tumorale, infectieuse ou inflammatoire et éliminera toute radiculopathie (de C2 à C7), un syndrome de la traversée cervico-thoraco-brachiale, etc.

    On retrouve une douleur à la palpation de l’insertion distale du muscle élévateur de la scapula, au niveau de l’angle supéro-médial de la scapula ainsi qu’au niveau de son corps musculaire.

    Des tensions et des points Trigger du muscle élévateur de la scapula entraînent principalement des douleurs à la nuque (Fig. 4). Cependant, la douleur peut irradier vers l’arrière de l’épaule et le long du bord interne de la scapula.

    Des douleurs du trapèze supérieur (TS), des extenseurs du rachis cervical ou de l’infra-épineux peuvent également être retrouvées.

     

    Fig. 4 : Douleur muscle élévateur de la scapula

     

    On cherche à déclencher à nouveau la symptomatologie douloureuse par la mise en contraction dynamique de l’élévateur de la scapula contrariée lors d’un mouvement contre résistance d’extension du bras.

    Une perte de mobilité du rachis cervical peut être associé à la douleur.

     

    Recherche de facteurs déclenchants 

    On retrouvera plusieurs types de facteurs de risque :

    • Des facteurs de risque personnels liés à un trouble de la posture ou à un défaut de la musculature :
      • Anté-projection exagérée de la tête ou une inversion localisée de la courbure.
    • Des facteurs de risque liés aux efforts physiques sur le poste de travail :
      • Stress lié à une posture statique prolongée (ordinateur)
      • Stress lié à des mouvements répétés du membre supérieur. L’élévateur de la scapula est spécifiquement recruté durant les mouvements d’extension du bras et durant la tâche d’attraper un objet éloigné (élévation et protraction de l’épaule)
    • Des facteurs de risque liés au contexte organisationnel et psychosocial :
      • Absence de repos au cours d’un cycle de travail
      • Absence de soutien social

     

    TRAITEMENT KINESITHERAPIQUE

    Le rôle de la kinésithérapie sera de diminuer les douleurs, détendre, relâcher et rééquilibrer la musculature du complexe cou-épaule ainsi que de corriger la posture.

    Notre tâche sera simplifiée par l’utilisation des ondes de choc radiales (3 ; 4).

    Le traitement des fascias par ODCR sera adapté au bilan réalisé au préalable (5).

    Il débute systématiquement à distance de la zone douloureuse et le choix de l’applicateur dépend de la zone à traiter.

    Nous utiliserons des applicateurs spécifiques (6) : Peri-Actor© ; Spine-Actor© (Fig. 6). Ils permettent de traiter de façon adaptée les différents fascias aussi bien superficiels que profonds . Ils possèdent tous une spécificité et ne doivent être utilisée qu’à des pressions inférieures à 3 bars.

    Ces transducteurs sont installés sur une pièce à main type « Falcon » (Fig. 5) qui autorise un travail plus précis et adapté aux besoins (pressions très basses : 0,3 bars, pour les fascias cervicaux)

    Fig.-3-Pièce-à-main-Falcon Fig.5 -Pièce-à-main-Falcon

     

    Transducteur Spine actor Chattanooga Fig. 6 - Transducteur Spine-Actor© Chattanooga

     

    Le choix de l’applicateur dépend de la zone à traiter. On utilise le Scraper (Fig. 7) pour les fascias superficiels, le Knuckle (Fig.8) pour les cloisons intermusculaires, le Scoop (Fig. 9) pour les crêtes osseuses, et la Sphère (Fig.10) pour les points Trigger.

    Scraper Fig.7 - Scraper
    Knukle Fig.8 - Knukle

     

    Fig. 9 : Scoop

     

    Fig.10 - Sphere

     

    La puissance sera choisie en fonction du fascia concerné, de sa profondeur, de l’importance des restrictions rencontrées.

    La fréquence permettant la meilleure réponse des tissus est de 17 Hz +/- 2 Hz.

    Le traitement débute à distance de la zone douloureuse : rachis cervical ou épaule

    En général, 3 à 5 passages en général suffisent, en fonction des restrictions observées.

    Le traitement des points Trigger est systématiquement associé.

     

    1 - Traitement Spine-Actor© 

    Le traitement du fascia cervical pourra être réalisé en premier lieu.

    Débutant à la base du crane, ce fascia descend vers le moignon de l’épaule.

    • Installer le patient dans une position confortable : décubitus ventral (Fig. 11) ou assis (Fig. 12)
    Fig. 11 - Spine cervical en décubitus ventral
    Fig. 12 - Spine-Actor© cervical en position assise

     

    • Choisir le transducteur Spine-Actor© adapté en fonction de la zone à traiter et de la morphologie du patient (20mm pour la region cervicale). Leur forme en U permet d’atteindre les points Trigger et lever les contractures des paravertébraux.
    • Mettre du gel à ultrasons sur la zone à traiter.
    • Appliquer la pièce à main perpendiculairement (90°) à la surface de la peau.
    • Les paravertébraux dorsaux (Fig. 13 ; Fig. 14) peuvent également bénéficier du traitement par spine actor si nécessaire (27,5mm pour le rachis dorsal).
    • Le protocole Spine pour chaque zone à traiter (cervical et dorsal) sera :
      • Fréquence : 17Hz +/- 2Hz
      • Puissance : 0,8 à 2 bars
      • Nombre de chocs : 1500 sur chaque région (cervicale, dorsale)
    • Au niveau cervical, il est impératif de débuter avec des pressions basses (0,3 à 0,8 bars)

     

    Fig.13 - Spine-Actor© dorsal en decubitus ventral

     

    Fig.14 - Spine-Actor© dorsal en position assise

     

    2 - Traitement Peri-Actor©

    Le traitement pourra être complété par l’utilisation des Peri-Actor©.

    Ces transducteurs permettent de libérer les adhérences des fascias en introduisant des ondes de pression tangentiellement aux tissus (entre 45° et 90°), au lieu de verticalement, afin d’optimiser les mouvements entre les différentes couches de tissus.

    Il n’est pas nécessaire d’utiliser de gel à ultrasons avec les Peri-Actor©.

    • La puissance choisie (toujours inférieure à 3 bars) dépend du fascia concerné, de sa profondeur, de l’importance des restrictions rencontrées.
    • Il est impératif de commencer avec des pressions basses, notamment au niveau cervical (0,3 bars).
    • La fréquence permettant la meilleure réponse des tissus est de 17 Hz +/- 2 Hz.
    • Trois à cinq passages suffisent en fonction des restrictions rencontrées et le traitement des points trigger y est systématiquement associé.
      • Le Knuckle (Fig. 15) est utilisé pour le fascia thoraco-lombaire (1 à 2 bars – 15 à 21 Hz) et cervico-thoracique avec une puissance moindre (0,3 à 1,5 bars)

     

    Fig.-15- Knuckle sur para-vertébraux

     

    • Le Scraper (Fig. 16) permet de traiter les fascias superficiels sur de larges surfaces (technique de grattage). Nous l’utiliserons au niveau du trapèze supérieur (1 à 2 bars – 15 à 21 Hz).
    Fig.16 - Scraper sur trapèze supérieur

     

    • Le Scoop (Fig. 9), en forme de crochet, est particulièrement adapté au traitement des crêtes ou reliefs osseuses (bord interne et épine de l’omoplate : 0,8 à 2,5 bars – 15 Hz).

     

    • La Sphere ou d’autres transducteurs classiques (R040 ; D20) sont utilisés sur les points Trigger associés.
      • Point Trigger Elévateur de la Scapula (Fig. 17) : R040 ; D20 ou sphère (0,3 à 2,5 bars - 15 à 21 Hz - 500 chocs)
      • Point Trigger associé au niveau du trapèze sup (Fig. 18) : R040 ; D20 ou sphère (,3 à 2,5 bars - 15 Hz - 500 chocs)
    Fig.17 - Trigger point Elévateur Scapula avec R040

     

    Fig. 7 Trigger Point Trapèze Fig. 18 - Trigger Point Trapèze avec Sphere

     

    • La puissance choisie (toujours inférieure à 3 bars) dépend du fascia concerné, de sa profondeur et de l’importance des restrictions rencontrées.

     

    3 - Vibrations

    • Les vibrations au niveau des fixateurs de l’omoplate, du trapèze supérieur et de l’infra-épineux complèteront le traitement d’ondes de choc radiales par leur action décontracturante (Fig. 19a ; 19b ; 19c)
    • V-ACTOR (V40) : 35 à 35 Hz ; 2 à 3 bars ; 2000 à 3000 chocs
    Vibrations fixateurs omoplate Fig. 19a - Vibrations fixateurs omoplate
    Vibrations trapèze supérieur Fig. 19b - Vibrations trapèze supérieur
    Vibrations infra épineux Fig. 19c - Vibrations infra épineux

     

    CONCLUSION

    Ce qu’il faut retenir :

    Dans le cadre du syndrome myofascial de l’angulaire de l’omoplate (élévateur de la scapula) les ondes de choc radiales (ou ondes de pression radiales) sont utilisées en complément du traitement kinésithérapique.

    Le traitement kinésithérapique du syndrome de l’angulaire de l’omoplate comprend :

    • Des massages décontracturants
    • Des exercices de lever de tension
    • Une correction de la posture
    • Un rééquilibrage de la musculature du complexe cou-épaule
    • Des conseils d’ergonomie

    Les ondes de pression radiales sont devenues une aide indéniable, voire indispensable pour le traitement de ce type de désordre myofasciaux.

    La douleur est un signe qu’il ne faut pas négliger. Si cette dernière est prononcée et/ou perdure trop longtemps, il est conseillé de consulter un médecin.

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    Auteur : Thierry ALLAIRE - MKDE Le Havre, Kinésithérapeute du Sport

    Consultant Chattanooga/DJO pour les Ondes de Choc.

     

    Bibliographie :

      1. William M : Ondes de choc ; Effets physiologiques ? Un soutien à nos techniques manuelles en agissant notamment sur la cellule vasculaire – Kiné Actualité – n°1514 – janvier 2018
      2. Lefèvre-Colau M.M : Cervicoscapulalgie liée à une atteinte du muscle élévateur de la scapula (angulaire de l’omoplate) :biomécanique, pathogénie et diagnostic clinique spécifique - La Lettre du Rhumatologue - No 406 - novembre 2014
      3. BecK and al : Fascia treament with shock waves. 2017 – Level 10
      4. Gleitz M : Myofacial Syndromes and trigger point. 2011 – Level 10
      5. De Laere : Le Syndrome Myofascial douloureux : Points Trigger Myofasciaux. 1ère partie - 2009 - Profession Kinésithérapeute n°23
      6. Nicolle J : Ondes de Choc : une nouvelle possibilité de traitement de traitement des fascias - Kiné Actualité - n°1436 – février 2016

     

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